Quelle est cette période étrange de transition entre deux corps ?
Après le point culminant de la naissance, ce moment tant attendu surtout sur la fin de grossesse, se déroule un temps particulier dont on parle peu et qui est supposé n’être que bain de bonheur…
Pour ma part et mon troisième enfant j’ai commencé à ressentir une certaine nostalgie de la fusion, une certaine appréhension de l’après, dès le 6-7ème mois de grossesse.
Je pressentais qu’une fois l’euphorie de la rencontre passée, la vie serait à nouveau à reconstruire, une famille à 5, l’organisation, le temps, le rythme bousculés avec bébé.
J’ai pris des oméga 3 que j’ai continué à prendre environ un mois et demi après l’accouchement. Les oméga 3 sont des « bons gras » qui permettent de lutter contre la déprime de l’après naissance et qui de plus aident au bon développement du cerveau du bébé. Je ne peux pas dire si cela m’a aidée ou pas … je crois qu’il y a des choses à vivre et il faut chercher à se faire aider oui…
La naissance est un point culminant , c’est donc qu’il faut redescendre … chute des hormones qui ont aidé le corps à fabriquer un bébé pendant 9 mois, catabolisme après l’anabolisme de la grossesse.
Il faut se séparer, vider, drainer, perdre et ça ne se fait pas en un claquement de doigts ! (malgré la rapidité, relative, du processus de « mise au monde »). Ce processus de « retour » prend du temps, 3 à 6 mois pour le corps physique, ce processus est complètement corrélé au lien qui se forge avec son bébé. je dirais maintenant que plus le lien s’établit, s’ancre au fil des mois, plus le retour se fait en douceur. Le retour vers un corps « augmenté », vers une vie augmentée.
Comment accompagner ce processus de retour « à la normale » ?
Je mets « retour à la normale » entre guillemets car on ne revient jamais comme avant… bébé est là et c’est à la fois bouleversant et porteur. C’est ce lien, démarré pendant la grossesse, qu’il faut actualiser dans le réel et qui va nous aider. Le bébé porte autant sa mère qu’elle le porte ! 
On est modifié, on a donné la vie ! Cependant, les suites immédiates sont souvent imprégnées de noires pensées, de tristesse impossible à dire, de peur de ne pas être à la hauteur. La jeune maman (même de 45 ans et son 3ème bébé) est fragile autant que son petit. Je me suis dit que c’était peut-être nécessaire de ressentir cette vulnérabilité immense de façon à bien rester auprès de son nourrisson et de répondre au mieux à ses besoins…

Lors de cette grossesse, j’ai traversé de vrais sentiments de joie comme jamais, la joie de ce cadeau de la vie à 45 ans passés, cette surprise qu’on accepte et qui nous comble, la sensation de porter une énergie de vie incroyable, l’extase (ou l’enstase) de méditer , de pratiquer, de danser, de donner les cours en ressentant mon corps porteur de vie.
Bien qu’ils aient été désirés ardemment, je n’avais pas vécu ça pour mes deux premiers enfants.
Pourtant,  après une naissance à domicile choisie, un « bel accouchement » comme a dit l’une des sages-femmes, la sensation de ne pas se relever, d’être en dessous de tout, la peur d’être dépassée, de mal faire, de faire du mal au bébé, la peur du bébé… même la peur qu’il arrive quelque chose à mon mari, aux enfants.
Et ne pas le laisser trop paraître (parce que c’est mal venu, c’est pas le moment, ça se fait pas, c’est pas « normal », personne comprend …).
C’est fou comme on s’oblige, on se force à donner le change.
Et puis c’est vrai que ça suit son cours, le bébé est magnifique, l’allaitement se déroule plutôt bien malgré les crevasses du début (inévitables ?); on me dit qu’il faut que le bébé ouvre bien la bouche, prenne toute l’aréole, « tu dois attendre et lui faire ouvrir la bouche… « ; facile à dire, moins facile à réaliser dans l’urgence des tétées, dans le demi sommeil des tétées nocturnes.
Bref on a des crevasses et le bout des seins douloureux pendant quinze jours à peu près…
J’ai pratiqué dès le début de « l’après » des expirations profondes qui démarrent du périnée pour aller chercher le transverse de l’abdomen, retrouver un tonus abdominal et presser l’utérus qui redescend, qui rapetisse. Il faut faire ça même si on a peu de sensations au début au niveau du périnée, il faut se concentrer sur cette zone et expirer en « remontant », il faut chercher à refermer ce passage. C’est difficile au début mais c’est primordial surtout pour aller aux toilettes, commencer à évacuer.
A ma demande, nous avons « refermé » le bassin, un après-midi avec C. ma fille aînée et H. la sage-femme. Mon bassin enveloppé dans l’écharpe de portage, bien serrée, elle ont tiré de chaque côté et nous sommes restées comme ça quelques instants, j’étais allongée bien-sûr. J’ai senti mon utérus pressé comme une éponge se vider. 
Un mois après environ j’ai vu mon ostéopathe pour replacer éventuellement le bassin.  J’ai ressenti une énergie renouvelée à la suite de la séance et plus d’envie d’aller marcher, de sortir. 
Le fait d’expirer doit s’accompagner du replacement du bassin en « neutre », reverticaliser le coccyx, atténuer la lordose (cambrure lombaire); ça doit faire du bien au dos, on s’allonge, on se déplie. On peut faire ça très régulièrement dans la journée, le soir ou le matin aussi devant la glace pour observer l’autograndissement et comment le ventre « disparaît ». C’est comme si on remontait une culotte de muscles jusqu’aux basses côtes.
Très vite on peut y associer des mouvements de colonne, des inclinaisons latérales et surtout des rotations. 
Au début, éviter de porter, s’allonger avec bébé le plus possible, respirer puis marcher un peu, progressivement aller marcher plus pour s’oxygéner, changer d’air, ré apprivoiser le dehors, la vie de l’extérieur, sentir son corps bouger.

Une de mes postures préférée en post natal : inversion, fermeture bassin et torsions (tourner le bassin sur les expirations à partir du périnée).

La posture du « chien tête en bas » que j’ai pratiquée jusqu’à l’accouchement était un peu douloureuse au début en post natal, je pense par rapport au poids perdu et aux tissus qui tiraient. Mais très vite elle apporte du confort et revivifie, c’est une posture nécessaire pour favoriser la mobilité des organes, leur retour dans l’espace du ventre, éviter les pressions sur le périnée.

Il a été pour moi fondamental de pratiquer corporellement ne serait-ce que 10 mn par jour, idéalement le matin et le soir, de trouver des oreilles attentives à ce désarroi improbable (toutes ne le sont pas) et de laisser faire …

Lectures:

  • « Le guide de la naissance naturelle » Ina May Gaskin
  • « Le 4ème trimestre de la grossesse »; Ingrid Bayot
  • « Bébé est là, vive maman, les suites de couches; Dr Bernadette de Gasquet, Pr Xavier Codaccioni, Danielle Roux-Sitruk …

Pratiques autres:

  • Ostéopathie, environ 1 mois après
  • « Refermer le bassin » voir les soins rebozo.
  • Pour soutenir les sages-femmes et l’accouchement à domicile : https://adadtoulouse.wordpress.com